Problèmes orthodontiques chez les enfants

La grande majorité des motifs de consultation en orthodontie  sont reliés à des problèmes de développement des mâchoires et des dents. En effet, la formation dentaire commence in vitro (à l’intérieur de l’utérus) et continue tout le long de l’enfance et de l’adolescence. Plusieurs de ces problèmes ont une origine génétique, c’est-à-dire héréditaire.

Il faut plusieurs années de maturation avant qu’une dent soit assez formée et que celle-ci pousse dans la cavité orale. Par exemple, la première molaire d’adulte (molaire de 6 ans) commence sa formation dès la naissance, pousse dans la cavité orale vers l’âge de 6 ans et a terminé sa formation vers l’âge de 10 ans. Certains problèmes présents en dentition primaire (dent de lait) vont donner des pistes sur les malocclusions futures. L’enfant ayant une agénésie (absence) d’une dent de lait a de fortes chances que la dent adulte sous-jacente soit absente également. En règle générale, dès l’âge de 5 ans, la relation antéro-postérieure des arcades dentaires est un bon indice de la relation antéro-postérieure de la dentition permanente (dents d’adulte). Il est intéressant de savoir que plusieurs facteurs peuvent influencer les besoins orthodontiques d’un enfant, entre autres, la perte prématurée d’une dent de lait peut avoir des effets néfastes à long terme sur le positionnement et le l’arrivée des autres dents.

C’est un peu la même chose pour le développement des mâchoires, la croissance des structures faciale chez l’humain suit des règles. Il nous est possible de comparer l’évolution d’un enfant à ses pairs afin d’avoir des indices sur son développement et l’alignement futur de ses mâchoires. En règle générale, plus une structure est près du cerveau, plus tôt se terminera la croissance de ladite structure. Il est normal qu’un nouveau-né ait un menton fuyant afin de permettre le passage dans le canal vaginal lors de l’accouchement. La mâchoire terminera la majorité de sa croissance durant l’adolescence. Ceci permet alors de diagnostiquer des problèmes chez l’enfant et d’utiliser la croissance à venir afin d’aider à les corriger. Une prise en charge orthodontique en bas âge pour un patient ayant un menton fort (prognathisme) à l’âge de 5 ans, permettra de minimiser un problème qui ne va que s’accentuer avec le temps et la croissance.

Déviation des mâchoires ou mâchoire supérieure trop étroite

Un développement favorable chez l’enfant en croissance implique non seulement des dents du haut et du bas qui ferment bien ensembles, mais aussi des mâchoires qui sont vis-à-vis, c’est à dire qui ne présente pas de décalage entre elles.

Vue de face, la mâchoire du haut (le palais) doit être assez large pour que toutes les dents du haut (arcade dentaire) recouvrent toutes les dents du bas. Lorsque les dents arrivent bien ensemble, celles-ci fonctionnent harmonieusement et peu d’usure dentaire surviendra à moyen et long terme.

Lorsque la mâchoire du haut n’est pas assez large (arcade dentaire étroite, petit palais ou palais profond), un articulé croisé ou « cross-bite » survient : les dents ferment de façon inversée (une ou plusieurs dents du haut sont placées à l’intérieur des dents du bas). Les dents ne se rencontrent pas bien ensembles et de l’usure anormale apparaîtra plus rapidement sous l’effet de la mastication.

Puisque les dents du haut sont bloquées à l’intérieur de celles du bas, ceci a aussi pour effet de limiter la croissance de la mâchoire du haut en largeur, et le palais restera étroit toute la vie en l’absence de traitement orthodontique. Des problèmes associés en résulteront : usure et vieillissement prématuré de la dentition, voies respiratoires étroites et respiration buccale, problème de gencives (gencives minces, récessions et déchaussement), répercussion prévisible aux articulations de la mâchoire (articulations temporo-mandibulaires), etc.

La mâchoire du haut (maxillaire supérieur) et la mâchoire du bas (maxillaire inférieur ou mandibule) sont étroitement reliées. Comme des vases communiquant, le développement de l’une influence automatiquement le comportement de l’autre. Par exemple, si la mâchoire du haut ne grandit pas suffisamment (palais profond), la mâchoire du bas va se développer de façon asymétrique (plus vers la droite ou plus vers la gauche). En l’absence d’un traitement orthodontique en jeune âge, une asymétrie permanente du visage ou croissance asymétrique en résultera. L’enfant qui deviendra adulte aura un visage déformé avec un menton dévié pour toute la vie.

En jeune âge (avant l’arrivée de la puberté), il est simple et rapide de corriger un palais étroit puisque les mâchoires sont souples et encore en croissance. Plus tard à l’âge adulte, des procédures plus invasives sont nécessaires (chirurgie du palais ou chirurgie des mâchoires, aussi appelée chirurgie orthognatique).

Prognathisme de la mâchoire supérieure et/ou rétrognathisme de la mâchoire inférieure

De la même façon que les mâchoires du haut et du bas ne présentent pas de décalage en vue de face, elles doivent aussi être bien alignées ou vis-à-vis en vue de côté ou de profil.

Lorsqu’on observe une dysharmonie squelettique ou décalage des mâchoires avant — arrière (vue de côté), les dents faisant partie des mâchoires sont aussi décalées. Les dents du haut et du bas ne s’accordent pas bien ensemble, et des problèmes d’usure dentaire surviendront à moyen et long terme.

Lorsque la mâchoire du haut est trop développée vers l’avant (dents avancées ou dents de lapin) ou lorsque la mâchoire du bas ne grandit pas suffisamment (menton reculé ou profil fuyant), un excès d’espace (surplomb horizontal ou « overjet ») est visible. Cette condition est appelée prognathisme de la mâchoire supérieure ou rétrognathisme de la mâchoire inférieure.

Rétrognathisme de la mâchoire supérieure et/ou prognathisme de la mâchoire inférieure

Vue de côté, lorsque la mâchoire du haut est peu développée et reculée ou lorsque la mâchoire du bas est trop avancée (menton proéminent), les dents du bas dépassent les dents du haut (« cross-bite » ou occlusion croisée antérieure). Cette condition des mâchoires est aussi appelée rétrognathisme de la mâchoire supérieure ou prognathisme de la mâchoire inférieure.

Diagnostiquées en jeune âge (période prépubertaire), ces deux conditions (dysharmonie dento-squelettique) se corrigent facilement : stimuler le développement de l’enfant (quantité et direction de croissance) par le port d’appareils spécifiquement conçus pour influencer la croissance adéquate des mâchoires (appareils fonctionnels ou myo fonctionnels). Cette approche non invasive est aussi appelée orthopédie dento-faciale  ou stimulation de croissance. À l’âge adulte, selon la sévérité du décalage, la même correction sera plus limitée (compromis de résultat) et peut nécessiter des approches plus complexes comme une chirurgie de mâchoires (chirurgie orthognatique).

Béance dentaire

Une dentition harmonieuse, fonctionnelle et saine implique que toutes les dents du haut (arcade dentaire supérieure) touchent toutes les dents du bas (arcade dentaire inférieure) : tous les contacts entre les dents du haut et du bas sont répartis uniformément et les dents mastiquent toutes égales. Cette bonne disposition des dents et le bon alignement préviennent le phénomène prématuré de l’usure dentaire (perte d’émail).

Béance antérieure  : les dents en avant ne se touchent pas lorsque les dents arrière sont fermées ensemble.

Béance postérieure : les dents en arrière ne se touchent pas lorsque les dents avant sont fermées ensemble.

Une béance antérieure ou postérieure rend la mastication difficile et prédispose à l’usure anormale des seules dents qui sont en contact. Ces deux conditions engendrent un impact négatif sur la façon d’avaler (déglutition atypique ou propulsion linguale), sur la prononciation (phonétique) et sur le fonctionnement des articulations de la mâchoire.

Absence congénitale (agénésie dentaire)

L’agénésie dentaire, c’est-à-dire l’absence d’une dent, peut être présente en dentition primaire quoique beaucoup moins fréquente qu’en dentition permanente (dentition d’adulte). L’agénésie est un processus qui devient de plus en plus fréquent et s’attarde généralement à la dernière dent à pousser du même type tel que l’incisive latérale, la 2e prémolaire et les fameuses dents de sagesse (les 3es molaires). L’absence congénitale peut se présenter selon de différents niveaux de sévérité : l’anodontie  (absences de toutes les dents), l’oligodontie (absence de plus de 6 dents) et l’hypodontie  (absence de 1 à 6 dents). Plusieurs facteurs sont reliés à l’origine des absences congénitales et plusieurs facteurs nécessitent d’être évalué afin de planifier une prise en charge adéquate de ce problème.

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Présence d’une dent surnuméraire

La présence de dent surnuméraire, c’est-à-dire la présence de dent en trop, est également d’origine génétique. Ce phénomène peut être présent aussi bien en dentition primaire (dent de lait) qu’en dentition permanente (dent d’adulte). En effet, s’il y a présence d’une dent primaire en dentition primaire, 1 patient sur 3 présentera également une dent surnuméraire au même endroit dans sa dentition permanente. La dent surnuméraire la plus fréquente se nomme la mésiodens et je situe entre les 2 centrales (palettes) supérieures. Les dents surnuméraires  vont généralement causer ou exacerber un manque d’espace. Également, elles peuvent être dans le chemin, bloquant ou redirigent ainsi l’éruption des dents « normales ». La prise de radiographies panoramiques est suggérée vers l’âge de 8-9 ans afin de les diagnostiquer tôt et de planifier leur prise en charge au moment opportun tout en désirant amoindrir les dommages potentiels aux dents adjacentes.

Dent de lait ankylosé

Il peut s’avérer que des dents de lait sont soudées à l’os et qu’elle ne s’exfolie pas normalement. C’est-à-dire que la dent est prise dans l’os et que le phénomène naturel la faisant tomber pour faire place à la dent d’adulte ne se produit pas ou est moins efficace. Les dents autour de la dent prise dans l’os (ankylosée) poussent durant la croissance tandis que celle ankylosée demeure en place, ce qui peut créer entre autres un défaut osseux. Les dents adjacentes peuvent ainsi migrer et en quelque sorte converger au-dessus de la dent ankylosée, ce qui limite l’espace disponible pour la dent d’adulte qui s’en vient. La présence de dent ankylosée est plus fréquente au niveau de la mâchoire inférieure. Une dent ankylosée peut également être un signe avant-coureur d’une absence (agénésie) de la dent permanente sous-jacente. Il est important de consulter un orthodontiste  afin d’évaluer l’impact de la dent ankylosée à long terme sur le développement de la dentition de votre enfant. Dans certains cas, la dent ankylosée peut retarder jusqu’à 6 mois la poussée d’une dent d’adulte.

Perte prématurée de dent de lait

Le processus d’éruption dentaire et de remplacement d’une dent de lait par une dent d’adulte suit une séquence très précise. Certains facteurs peuvent influencer cette séquence soit en la retardant, l’accélérant ou encore en l’interrompant. La perte prématurée d’une dent primaire (dent de bébé qui tombe ou qui a dû être enlevée avant son temps) est souvent due à la présence de larges caries. La nature n’aimant pas le vide surtout dans la bouche, les dents adjacentes au trou vont migrer dans l’espace afin de le diminuer ou de le combler. Ceci aura pour effet de diminuer l’espace disponible pour la dent permanente qui s’en vient. Il est important de savoir que la perte prématurée d’une dent primaire aura presque toujours pour effet de ralentir le processus de croissance de la dent d’adulte, laissant ainsi le temps aux dents adjacentes de migrer davantage dans le trou. Afin de maintenir l’espace nécessaire et de prévenir la migration des dents adjacentes, la mise en place d’un mainteneur d’espace est souvent recommandée. Il en existe divers types selon la condition de la bouche de votre enfant et ses besoins.

Manque de place et malpositions

Avoir suffisamment d’espace sur les maxillaires est une condition minimale pour avoir des dents droites. Un manque de développement génétique ou développemental des mâchoires aboutit inévitablement vers des dents chevauchées.

Les dents peuvent être croches aussi par un mauvais positionnement des bourgeons dentaires ou par une mauvaise éruption des dents causés par différents obstacles comme des dents primaires qui refusent de tomber.

Quoi qu’il en soit, un examen orthodontique  permettra de trouver la cause et d’intervenir au bon moment. Idéalement, tous les enfants devraient avoir un examen orthodontique dès l’âge de 7 ans. Pourquoi? Parce ce qu’à cet âge on peut intervenir de façon orthopédique afin de modifier la croissance des maxillaires et ainsi éviter le pire.

Supraclusion sévère

La supraclusion est le recouvrement des dents inférieures par les dents supérieures. Ce recouvrement, souvent appelé « overbite » dans la population, devrait se situer entre 20 et 50 %. Quand la supraclusion est au-delà de ces limites, on augmente beaucoup les chances d’usure prématurée des dents. Un suivi orthodontique est alors recommandé afin d’éviter cette usure accélérée.

Excès d’espace

On peut parfois observer des espaces exagérés entre les dents de bébé ou d’adulte chez l’enfant. Les causes les plus fréquentes sont soit une posture linguale inadéquate ou un manque d’harmonie entre la grosseur des dents et des mâchoires. Dans les deux cas, une visite chez l’orthodontiste  est nécessaire afin de gérer la situation. Il se pourrait que celui-ci réfère l’enfant chez l’orthophoniste dans la première situation. Une combinaison des causes est toujours possible.

Canine incluse

Une dent est incluse quand elle n’est toujours pas sortie en bouche alors qu’elle le devrait selon la chronologie et que sa racine est développée au moins de la moitié. Chez l’enfant, la dent la plus fréquemment incluse est la canine supérieure. Ce genre d’anomalie peut se présenter de façon unilatérale (un côté) ou bilatérale (deux côtés). Il est primordial de consulter immédiatement un orthodontiste, car le pronostic diminue rapidement avec le temps.

Plus on attend pour intervenir, plus on s’expose à des complications. Examiné trop tard peut amener la nécessité d’une intervention chirurgicale pour en faire une traction (tirer la dent). On observe aussi des résorptions des dents voisines (dommage aux racines) jusqu’à perdre une incisive supérieure (une « palette » ou une latérale).

Espace entre les incisives supérieures plus grand que 3 mm

Il arrive que l’on observe un espace exagéré entre les deux incisives centrales (les palettes). Les causes les plus fréquentes sont un retard d’éruption des dents d’adultes voisines ou la présence d’un frein labial (filet de la lèvre) de grosseur exagérée. Ces deux situations méritent une visite chez l’orthodontiste  qui vous éclairera sur les mesures à prendre.

Molaire d’adulte bloquée sous une molaire de lait

L’éruption des dents de lait et d’adulte exige une coordination hors du commun. Il arrive occasionnellement qu’une dent de lait refuse de tomber normalement dans la séquence souhaitée. Un examen orthodontique permet de déterminer quand sera le meilleur moment d’extraire la dent problématique, car une extraction trop hâtive ou tardive peut apporter son lot de problèmes.